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La
reconstruction de Vierville
Les dommages aux
bâtiments publics
Lors du débarquement,
la plupart des bâtiments publics de la Commune ont été
détruits les 6 et 7 juin 1944, lors de 3 bombardements navals et
terrestres.
1 - Le 6 juin entre 6h et 6h20 du matin, le bourg a reçu quelques obus de marine - des obus
de 127 mm du cuirassé « Texas » et de divers destroyers.
Ces obus étaient, avec des centaines d’autres, destinés aux points
fortifiés de la plage devant Vierville (les WN70 à 73).
Aucun bâtiments public ne semble avoir été atteint
par ce premier bombardement. |
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2 - Le
6 juin vers 14h ,
le destroyer " Harding " a reçu l'ordre de détruire
le clocher de l'église, et d'y employer 40 obus de 127 mm.
Seul le clocher était visé, mais sa flèche
s'est effondrée sur la nef de l'église, et divers
obus se sont dispersés aux alentours. Le presbytère
voisin au nord de l'église, non occupé, a ainsi reçu
plusieurs obus dans sa toiture et une autre petite maison, dite
maison des Collières, a été détruite.
Dans
l'église, ont été détruit : la flèche du clocher
et la nef. Le chœur et la sacristie ont été
endommagé mais sont restés à peu près
couverts.
Tous les vitraux
ont été détruits (la dépose systématique des vitraux anciens pendant
la guerre n’avait pas été appliquée en Basse-Normandie).
Les cloches sont tombées sur le plancher de la voûte, sans
se briser ni se fêler, mais tous les accessoires - rouets, battants,
sommiers, cordes - ont été détruits.
L'église et l'ancien presbytère,
cartes postales d'avant-guerre
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Le clocher et le portail de l'ancien presbytère (carte
postale d'avant-guerre)
détails
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3
- Le 7 juin à 20h, le carrefour principal a été
bombardé par les Allemands, plusieurs obus ont atteint l’école,
la poste et les 3 logements, blessant mortellement le postier.

Vue du carrefour le 30 juin 1943, avant les destructions du 7 juin
44, la photo est renseignée avec la position des divers bâtiment
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Les
2 bâtiments école (
2 classes pour 60 à 70 élèves et une
petite bibliothèque en annexe) ont reçu 2 ou
3 obus. La toiture s’est effondrée en partie et elle
a été déclarée sinistrée
à 100 %.
Le mobilier a été haché par les éclats, les livres et fournitures
ont disparu, suite au pillage et à la pluie tombée dans le
local avant qu’il ait été possible de les déménager.
Une partie de mobilier a été réparée.
Des dons ont permis de suppléer aux besoins. Les élèves
ont dû attendre longtemps avant de bénéficier
de nouveaux crédits obtenus seulement après
1951.

Les ruines de l'école, vers 1950
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Le
bâtiment de la pompe à incendie a été détruit, il
se trouvait peut-être dans la cour de l’école. Cette pompe était
probablement une pompe à bras puisant dans un réservoir
sur roue. Ce réservoir devait être alimenté
par une chaîne de seaux ou de récipients divers,
depuis une réserve d'eau, généralemnt une
mare (par exemple la mare à canard des fermesde l'époque.
Le bâtiment poste et logements - qui servait
aussi pour la mairie provisoire - a été incendié à la suite
de ce bombardement.
- Dans les locaux de la Poste, le postier, Mr François
ALIX, 57 ans, a été blessé mortellement.
Transporté dans l'hôpital Américain de Saint-Laurent,
il y est décédé le 9 juin 1944.
- Les logements servaient pour Mlle Huet, institutrice
et secrétaire de mairie, à la seconde institutrice
(Mlle Renouf ?) et au postier Mr Alix.
- Une petite pièce du rez-de-chaussée servait de mairie
depuis 1943, suite à la réquisition
par les Allemands des locaux de la rue de la Hérode.
Le mobilier de la mairie et les archives communales avaient
été placées dans le grenier au-dessus du
logement des institutrices.
Mais les dossiers
des affaires courantes et pièces les plus utiles
avaient été laissés dans une petite
pièce adjointe au rez-de-chaussée où
ils ont échappé
au sinistre, mais pas pour longtemps, deux jours après
elle a été détruite par les Américains qui ont agrandi
le carrefour***. Tout
le mobilier a été anéanti. Les actes de propriété des
bâtiments publics ont été perdus. Ont été sauvés l’État
Civil et quelques papiers.
***La photo ci-contre contredit cette indication
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En été 44, on aperçoit
le mur du bâtiment de la poste non encore démoli
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La
gare routière
a été incendiée par un camion Américain chargé de munitions
qui avait pris feu.
C'était l'ancienne gare des Chemins de Fer du Calvados,
fermée vers 1929, qui avait été rachetée en 1938 par la commune.
Elle servait logement de la famille Coliboeuf. Mr Coliboeuf
était garde champêtre, crieur et sonneur de cloches
et avec sa femme, ils avaient de nombreux enfants dans cette
petite gare. Pendant
les combats ils étaient tous réfugiés
dans la cave de la gare avec leur chien.

(détails)l'ancienne
gare, disparue le 7 juin 44
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Le centre, vu du clocher, en septembre 1945

le centre bourg, vu du grand cyprès du manoir de
Than, en 1945

(détails)
le carrefour avant guerre, vu du sud

(détails)
A droite, la poste et le bâtiment des logements des
instituteurs

(détails)
A droite l'ancienne école

(détails)
A gauche, l'immeuble de l'épicerie Le Gallois, suivi
d'une petite grange qui existe toujours, puis l'école
disparue, puis le bâtiment des logements
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Avant la reconstruction,
les solutions provisoires
La reconstruction a
été très longue à venir. On le savait, mais
on n'imaginait pas que cela allait durer 15 ans. Il y avait plus urgent
en Normandie avec les grandes villes totalement détruites et où
il fallait absolument reloger les habitants chassés de leurs maisons
disparues.
La reconstruction a commencé vers 1956 et ce n'est qu'à
la fin des années 50 que les bâtiments publics neufs ont
été disponiles. Il a donc fallu trouver dès 1944
des solutions provisoires.
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Pour le rétablissement du service de mairie,
un local dans une ancienne boulangerie-épicerie (actuellement
maison de Mr et Mme Lequier) a été utilisé
jusqu'en 1954 avec au début, une table, une armoire, et des
chaises sinistrées.
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(détails)
cette carte postale ancienne montre la boulangerie de l'époque
dans laquelle la mairie provisoire a été installée.
C'est aujourd'hui la maison de Monsieur et Madame Lequier.
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Les élections de mai 1945, dans le local provisoire de la
mairie. De g à d: Mr Ygouf, Mlle Huet, Michel Hardelay, Léopold
Le Large (grand oncle de Mlle Le Large)
Cela se passait probablement dans la maison occupée actuellement
par Mr et Mme Lequier. rue Pavée
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Pour la poste provisoire,
on avait aménagé un petit local dans l'ancienne mairie,
à l'entrée de la rue de la Hérode (réquisitionnée
en 1943 par l'occupant).
L'exiguïté de ce local provisoire que l'on pouvait à
la rigueur supporter jusqu'en 1949, c'est-à-dire pendant
une période où le trafic était encore faible,
était devenue gênante avec la reprise de l'activité
balnéaire au début des années 1950.

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Pour l'école provisoire,
l'ancienne mairie d'avant guerre, a été utilisée
avec un baraquement provisoire sur le même terrain. Cette
situation a duré au moins jusqu'en 1957
L'ancienne mairie, réquisitionnée par les allemands
en 1943, qui a servi de logement et de poste provisoire, à
partir de 1944, et jusqu'à la reconstruction. Ci-dessus
en 2010, elle est devenue une annexe du Musée.
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Vers 1955 -
L'ancienne mairie servait de bureau de poste provisoire et de
logement, sur le parking avait été installé
un baraquement servant d'école provisoire
.
On aperçoit aussi la salle des fêtes-cinéma
(un ancien hangar Américains de la plage, donné
à leur départ, puis remonté par la commune),
il sert aujourd'hui de musée)
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Servant d'église
provisoire pendant plusieurs années (de 1945/46
à 1959) une chapelle, avait été installée
dans un baraquement préfabriqué placé dans un
herbage voisin du centre.
Les bancs de l'église provisoire ont été
confectionnés avec du bois donné par les Américains,
suite à l'intervention du maire Mr. Fernand Leterrier.
Les cloches ont été descendues du clocher
en 1945 et remontées sur une charpente en bois au sol devant
l'entrée de la chapelle provisoire après réparations
sommaires. A partir de 1956 elles ne pouvaient plus être utilisées,
la charpente n'ayant pas été prévue pour un usage
si prolongé en plein air.
Dans une lettre datant de novembre 1958, le curé a expliqué
au directeur départemental du Ministère de la Reconstruction
et de l'Urbanisme M. Guillard, l'état de délabrement
de plus en plus grand de la baraque utilisée depuis plus de
12 ans comme église paroissiale. |

En septembre 1944, quelques messes ont été célébrées
dans l'église en ruine (ci-dessus, photo Georges Chedal-Anglay)
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Une chapelle provisoire
a été installée, visible sur les photos ci-dessus
et ci-dessous

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Le presbytère
était situé avant guerre au nord
de l'église. Intégré dans le programme de reconstruction,
mais classé dans la catégorie non prioritaire, il n'a
jamais été reconstruit sur cet emplacement. En trop
mauvais état après des années passées
sous la pluie sans toiture, il a été rasé lors
de la reconstruction de l'église.
En attendant il fallait loger le curé. Au début, c'était
l'abbé Prempain, curé de Saint-Laurent, qui desservait
Vierville depuis le décès de l'Abbé Robert en
1940, il était logé à Saint-Laurent. Son remplaçant
à partir de 1946, l'abbé Chemin, a été
logé jusqu'à son décès en 1958 dans un
presbytère provisoire installé
dans une maison en bois située au début de la route
de Saint-Laurent à droite, face à l'entrée du
chemin du Hamel-au-Prêtre (elle existe toujours). Cette situation
a duré jusqu'à la reconstruction d'un presbytère
neuf, dernier local public reconstruit, en 1959 semble-t-il, dans
lequel le nouveau curé, l'abbé Forget, s'est installé.
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Souvenirs de Jeanne Le Large

(détails)
Suite à l'inhumation de Colette, voici une photo de cette
communion Solennelle dont j'ai parlé dans le mot d'accueil.
Colette est au milieu, derrière elle, Marie-France Skryniarz.
C'était le 18 Mai 58. La procession se dirige vers l'église
l'après-midi pour les Vêpres. Elle est partie de la
chapelle en bois dont on aperçoit la toiture.
Les garçons sont devant, c'étaient Louis Laronche,
Claude Suzanne, Jean Thomas Jean Olard Emile Thomas et son frère.
Les filles sont pour la première fois habillées en
aubes. Pour les garçons, je ne sais plus.
C'était la première fois qu'une messe avait lieu dans
l'église (hormis l'inhumation de l'Abbé Chemin en
Février). Il a fallu attendre encore quelques semaines que
le mobilier soit installé pour qu'on l'occupe définitivement.
le 18 mai 1958
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La reconstruction
des bâtiments publics entre 1956 et 1960

Vers 1952 - La reconstruction de l'école est bien commencée

En 1953, les travaux sont bientôt achevés

(détails)
Le centre bourg vers 1965/70
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Le programme de reconstruction
des locaux communaux de Vierville a été évalué
vers 1948 à 16 158 791 fr valeur mai 1948 (ce qui équivaut
à environ 500.000 Euros d'aujourd'hui, mais une comparaison
précise est impossible).
Le conseil municipal avait demandé à l'architecte
Monsieur MARTY, chargé de la reconstruction, de recréer
un centre ville avec, d'une part, une école
à 2 classes et 2 logements d'instituteurs
et d'autre part, en face, un édifice
rassemblant poste, mairie, locaux
d'habitation (postier et secrétaire)
et aussi une salle d'attente pour la gare routière
La première pierre de cet ensemble a été
posée le 6 juin 1950 lors des commémorations du Débarquement
en présence du ministre de la production industrielle, M.
Louvel.
Les bâtiments ont été construits en maçonnerie
de moellons apparents, financés par les dommages de guerre.
Les travaux ont commencé par le plus urgent, l'école
(évaluée 10 millions de francs en 1950), qui a été
terminée vers 1953.
En face, la mairie et poste ont suivis, terminés vers 1956.
La gare routière n'ayant pas été reconstruite,
cela a permis de créer, au dessus de l'ancien lavoir, un
espace de stationnement et un marché régulier
(ouvert le lundi matin) alors qu'il n'existait rien de ce genre
avant guerre.

L'école et la mairie terminées, vers 1960
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Pour abriter la pompe à
incendie, dont le garage était détruit,
on a utilisé un ancien petit bâtiment allongé
qui se trouvait sur le terrain du futur presbytère.
La pompe est devenue une moto pompe après la guerre.Le
service incendie a été transféré
à Trévières à une date mal déterminée
aujourd'hui.
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L'église
avait été gravement endommagée (clocher et
nef effondrés, mais chur debout), ainsi que le presbytère
(plusieurs obus dans la toiture) qui a dû être rasé.
L'église (300m2) faisait partie
d'un plan national de priorité établi pour la reconstruction
des Églises et Édifices sinistrés. Le clocher
était classé mais le reste de l'église ne
l'était pas et cela a compliqué les problèmes
de financement. Il fallait réunir à la fois des
fonds de provenances diverses: dommages de guerre (loi de 1946,
en principe pas de reconstruction à l'identique), des Beaux-Arts
(les monuments historiques pour la partie classée pouvant
être financée à l'identique), et des subventions
et fonds de concours divers publics ou privés pour compléter.
La reconstruction allait coûter au moins 20 à 25
millions de francs (en valeur 1950 ?).
La possibilité d'un apport s'est
dessiné avec la vente des épaves. En 1950, le président
du Comité du Débarquement M. Triboulet aurait alloué
une somme de 5 millions pour l'Église, obtenue sur les
produits des épaves américaines. De plus, le représentant
du ministère de l'Éducation nationale, M. Bourdil
y aurait affecté une somme disponible lors de la construction
du monument de Bayeux. Il y aurait eu aussi un financement privé
partiel par une entreprise de travaux publics.
En 1950, les travaux ont été confiés aux
architectes Paul Colas de Paris agréé dans le Calvados
et Paul Leroy. Le clocher seul a été
inauguré dès le 21 mars 1953. La remise en place
du coq sur le clocher a marqué la fin de sa reconstruction.
Mais il a fallu attendre la reconstruction de l'église
elle même. En mai 1955, aucune reconstruction n'avait encore
été faite pour la nef.
L'église hors clocher a dû être achevée
et remise en service vers 1959.
Les vitraux avaient tous été
détruits, ils ont été remplacés par
des éléments modernes. Certains ont fait l'objet
de dons des fidèles.
Les plus anciens, dits de 1ère catégorie, ont été
remplacés par des vitraux colorés décoratifs
représentent des personnages avec encadrement figurant
rosaces, volutes, etc.
Les vitraux les plus récents, dits de 2ème catégorie,
ont été remplacés par des éléments
décoratifs représentent des dessins géométriques
recherchés avec des compositions de fleurs et de bordures,
roses, etc..
Le cimetière a été
modifié à la suite d'une déviation routière
qui a permis d'utiliser les emprises de l'ancienne route. A cette
occasion les clôtures ont été reconstruites.
Quant au presbytère,
l'ancien a été démoli. Un
presbytère neuf a été construit par la commune
de l'autre côté de la nouvelle route contournant
l'église, et achevé vers 1959.
Le nouveau presbytère
a logé l'abbé Forget jusqu'en 1975, puis le Père
Tourquetil jusqu'à son décès en 1997.
Après le regroupement des paroisses anciennes dans la nouvelle
paroisse de St-Exupère en Bessin à Trévières,
le presbytère communal a été utilisé
par la commune pour loger une famille de Vierville.
Au voisinage du nouveau presbytère
se trouvait l'ancienne grange aux dîmes
qui a pu être restaurée pour servir de magasin à
la commune.

Ci-dessus, la grange aux dîmes, restaurée
dans les années 90 (?). Ses portes ont été
récupérées après la démolition
du petit garage allongé qui se trouvaient devant le nouveau
presbytère et qui servait à abriter la motopompe
incendie (ci-dessous).

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Au début des travaux du clocher, vers 1950


vers 1953 - le clocher est reconstruit, l'église
provisoire est toujours en place

Vers 1954, seul le clocher est reconstruit, la nef ne l'est
pas, la nouvelle route est en chantier à droite de l'église.
L'école est en construction, la mairie n'est pas construite

(détails)
Vers 1958, l'église complètement achevée

vers 1959 - Le pesbytère est en construction

Le presbytère reconstruit dans les années 50, aujourd'hui
désaffecté
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