6441

Les combats de juin 44 à l'Ormel

 

Le matin du 6 juin, l'Ormel (qui s'appelait le château du Vaumicel sur les cartes Américaines, à la suite d'une erreur d'interprétation des cartes françaises) a été occupé très tôt par un groupe d'audacieux Américains.

Une section de la Compagnie B/116, 30 GIs commandée par le Lieutenant Taylor, avait débarqué d'un LCA vers 7h15, pas très loin de la villa Hardelay. A ce moment, ce bout de plage était peu touché par les tirs Allemands. Pas non plus d'obus de mortiers. Probablement ils étaient trop loin des fortes défenses de la descente de Vierville. Taylor a conduit rapidement sa section à travers la plage et sur les galets, perdant tout de même 4 hommes tués et 2 blessés par mitrailleuses. Quelques mètres sur sa droite, Taylor a vu, sortant d'un autre LCA, les lieutenants Harold Donaldson et Emil Winkler tués.

Sans s'arrêter pour réfléchir, Taylor a conduit sa section en file, en haut de la falaise, passant par hasard entre les WN70 (au dessus de la villa Chevallier) et WN71(au dessus du bar de la Plage actuel), puis sur Vierville, du côté du garage Gicqiau, où il est arrivé vers 8 ou 9h00. La chance l'a poursuivi. En 1 heure ou 2 de combat, il y a balayé un groupe d'Allemands sans perdre un homme. Quand l'escarmouche s'est calmée, il a été rejoint par le sergent Pearce avec une petite escouade d'un autre LCA de la Cie B/116, débarqué beaucoup plus à l'Est vers St-Laurent. Ils se sont comptés, ils étaient 28 en tout et ils pensaient être les seuls survivants des 6 LCA dispersés de la B/116.
(en fait les survivants d'une autre section de la "B" combattaient maintenant avec des Rangers autour de la maison Gambier, de l'autre coté de la descente de Vierville)

L'itinéraire probable du Lieutenant Taylor.

Taylor est alors parti vers le Sud, à travers champs, vers le point de rassemblement convenu du 1er Bataillon, situé près de Louvières. A 500m de Vierville, vers l'intérieur, il a vu la ferme de l'Ormel, imposante construction en pierre, avec des champs bordés de haies faciles à défendre. Il s'est approché avec ses hommes. Des tirs les ont arrêté 100m avant la ferme. Des Allemands étaient derrière une haie. Toujours sûrs d'eux, les hommes de Taylor se sont aplatis, ouvrant le feu avec des fusils, et lançant des grenades, malgré la distance.
Par miracle, une grenade a cogné le casque d'un Allemand accroupi dans son trou. Il a bondi en criant: "Kamerad!, Kamerad!". Là-dessus 24 Allemands sont sortis de derrière la haie, les mains sur la tête. Taylor a envoyé un de ses fusiliers conduire ces prisonniers vers la plage. Le bref combat lui avait coûté 3 blessés. Dans l'Ormel, Taylor a fait 2 autres prisonniers, un médecin Allemand et son infirmier. Taylor les déclarés "prisonniers sur parole", et a laissé ses 3 blessés à leurs soins, pendant qu'il a emmené sa section au premier carrefour, 100m au delà de la ferme.

Là, il a été bloqué par l'arrivée soudaine de 3 camions d'infanterie allemande qui se sont immédiatement déployés dans les champs sur ses flancs et ont commencé à l'encercler. A 3 contre 1, dans le premier échange de tirs, ne durant pas plus de 2 minutes, un fusilier couché près de Taylor a été tué, et le fusil-mitrailleur BAR a été arraché des mains de Pearce. Ils n'étaient plus que 20, et sans armes automatiques.

Taylor a ordonné le repli sur la ferme. L'ennemi était tout près. Mais les murs étaient épais et percés de meurtrières (préparées par les Allemands) et à l'heure de midi et au début de l'après-midi, elles ont bien servi aux fusiliers Américains. La seule question était celle des munitions. Dureraient elles plus longtemps que celles des Allemands? La réponse est venue dans l'après-midi, avec l'arrivée de 15 Rangers du 5ème Bataillon qui, joignant leur feu à celui des hommes de Taylor, ont fait disparaître les Allemands.


La cour de ferme de l'Ormel.


Vue aérienne de l'Ormel, le matin du 6 juin 1944


Le vieux logis incendié après les combats des 6 et 7 juin 1944


Le vieux portail de 1632


Vue aérienne de l'Ormel, le 10 août 1944
A gauche, le vieux logis n'a plus de toit

 

Déjà, de tous les éléments US qui avaient attaqué et occupé Vierville, Taylor et son groupe étaient les plus éloignés dans le Sud. Mais Taylor était toujours isolé, sans liens avec son commandement. Il a alors conduit le groupe en avant, toujours vers Louvières, 18 de ses propres fusiliers et 15 Rangers suivant en colonne. Un homme a été tué d'une balle en sortant de l'Ormel. Alors que le soir tombait, ils se sont préparés à bivouaquer lorsqu'un coureur les a rejoint avec un message pour que les restes du 1er Bataillon se regroupent plus près de Vierville. Taylor et son groupe s'y sont retrouvé pour la nuit.

Plus tard, encore sous le choc, le sergent Price a rendu hommage à Taylor. "Nous n'apercevions aucun signe de crainte chez lui. A le regarder, il faisait de nous des hommes. Avançant ou combattant, il nous dirigeait. Nous le suivions, c'est tout ce qu'il y avait à faire."

Plus de 30.000 américains ont débarqués sur Omaha Beach le 6 juin, mais le plateau a été conquis par quelques poignées d'hommes comme Taylor, audacieux, courageux, habiles et chanceux. Un peu partout sur Omaha Beach, ils ont sauvé la journée d'un désastre complet.

Nous avons aussi le récit des jeunes adolescents Piprel qui ont séjourné à l'Ormel pendant les combats. Leur aventure a été rapportée dans le livre "Le jour le plus fou".

La famille Piprel habitaient l'hôtel du Casino, à la plage. Les Allemands ont réquisitionné l'immeuble et ils se sont donc réinstallés dès 1943 dans le bourg de Vierville.

"Pierre et Fernand Piprel ont 18 et 20 ans, ils refusent de se réfugier dans une cave et veulent partir. Ils décident d'aller à Ste-Honorine, à 8 km dans l'Est de Vierville, par des petits chemins. Mais très vite ils sont arrêtés par des Allemands qui tirent à la mitrailleuse. Obligés de revenir, ils se retrouvent à la ferme de l'Ormel où Louis Leterrier, le fermier, qu'ils connaissent bien pour y avoir travaillé à l'occasion, les accueille. La mitraille est partout, on est en fin de matinée. Louis Leterrier abrite tout le monde, la gouvernante, l'ouvrier agricole Félix Anger et les 2 jeunes, dans l'écurie où les murs sont plus épais. (c'est le bâtiment situé face à l'Est, à l'angle NE)

"Il n'était pas question de mettre le nez dehors. En fin de journée, un obus est tombé tout près, tuant un mulet et criblant les murs d'éclats.
Dans la nuit, un Américain a été blessé et au petit matin, sur les ordres d'un sous-officier Américain, nous avons attellé un cheval à une voiture avec du foin autour du fond où nous avons installé le blessé pour le descendre au poste de secours Américain le plus proche. Peu après notre retour à l'Ormel, un petit groupe d'Allemands dont un sergent avec le nez et la figure écorchés est entré dans l'écurie, qui nous a demandé où étaient les "tommies" nous avons répondu que nous ne savions pas. Il s'est alors montré menaçant, mais apercevant une bouteille de cidre, il s'en est emparé et l'a bue avec ses camarades, puis ils sont repartis.
Nous avons eu bien peur et nous avons pensé qu'ils avaient reçus des renforts et avaient rejetés les Américains à la mer. C'est pourquoi, dans la matinée du 7, nous avons décidé d'effectuer une reconnaissance vers le bourg. En chemin, en rasant les haies bordant la route, nous avons vu que la maison de M. Ygouf brûlait encore..."

Retour accueil